La Petite Messe Solennelle est le véritable testament musical de Rossini, puisqu’elle ne fut suivie que par quelques-uns des Pêchés de Vieillesse et de petites pièces de circonstances.
Il y a mis toute sa science, toute sa ferveur, toute son audace aussi : derrière la simplicité de ses formes, la modestie de son effectif, la clarté de sa facture, elle recèle une hardiesse et une subtilité très nouvelle chez lui. Rossini jette un regard mélancolique vers le passé, mais tend la main résolument vers la modernité. Et si, au détour d’une harmonie, une larme coule, elle est bien vite séchée par une bouffée d’espoir.
Regardez deux extraits de la "Petite Messe Solennelle" de ROSSINI donnée le 24 octobre 2009 à CARTHAGE
Artistes : Ensemble Vocal d'Aquitaine
Solistes : Pascale Beauchesnais, soprano / Bénédicte Legendre, mezzo-soprano / Jacky Da Cunha, ténor / Bernard Causse, basse
France Desneulin, piano
Eva Cusmir, clavier-harmonium
Direction : Eliane Lavail
Programme :
Petite messe solennelle de ROSSINI
Durée du programme : 1h20
Contact :
Tel/Fax:05 56 32 69 56 @/
Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.
PRESSE:
Samedi 24 octobre 2009
Nous avons vécu un moment exaltant, évocateur de tant de chers souvenirs, maintenant plutôt lointains, grâce à l'initiative jointe de l'Institut Français de Coopération, des Mairies de Bordeaux et de Mérignac, de Cultures France et du Lions Club de Bordeaux-Mérignac, ainsi que de l'Octobre Musical de Carthage. Tant de volontés jointes ont ainsi parmi la venue en Tunisie du prestigieux « Ensemble Vocal d'Aquitaine », sous la magistrale direction d’Eliane Lavail. Dans un lieu dans lequel s'élevait jadis, extatique et mystique, le chant grégorien des Pères Blancs, pour la deuxième fois de son histoire (la première - sauf erreur de ma part- fut le concert du 9 mai 2008 du « Choeur Claye Vocal » en faveur de la « Ferme Thérapeutique d'Assistance à l'Enfance en difficultés » de Sidi Thabet) était accueilli un choeur mixte et était interprété la « Petite Messe Solennelle » de Gioacchino Rossini. Composée à 75 ans, par lui-même définie comme« l’ultime péché mortel de ma vieillesse », en exprimant le doute de ne pas savoir écrire de la musique sacrée mais plutôt une prolongation de la musique d’opéra, paradoxalement dénommée « Petite » bien que sa durée dépassait 70 minutes, est une page fascinante et émouvante même si d’inégale élévation dans toutes ses 14 parties, et est considérée comme son testament musical, puisqu’il écrivit bien peu de chose dans les deux ans où il vécut encore. Même si elle fut orchestrée par lui-même avant de mourir, elle fut conçue pour un chœur plus réduit : 4 solistes, 8 choristes et 12 enfants, deux pianoforti et un harmonium. Il est aujourd'hui d’usage de renforcer le choeur, en attribuant aux soprano les parties des enfants (l’ Ensemble Vocal d'Aquitaine comprenait 17 hommes et 38 femmes), pendant que la version orchestrée (pour autant que je le sache) n’a presque jamais été interprétée. L'intense ferveur jaillie du Kyrie initial, a saisi le public dans l'étreinte d'une grande émotion et imposé une écoute respectueuse qui s’est prolongée pour toute la durée de la « Petite Messe ». Les voix des solistes, celle limpide et aux lumineux aigus de la soprano Pascale Beauchesnais, celle impressionnante par la beauté de sa couleur, l’homogénéité absolue de l'émission et la parfaite projection de la contralto Bénédicte Lavaud-Legendre, celle sautillante, claire, héroïque lorsque nécessaire, du ténor Jacky da Cunha, celle émouvante d’intensité dramatique du baryton-basse Bernard Causse, se sont entrelacées ou élevées toutes seules, pour le plus grand plaisir de ceux qui écoutaient. L'élan puissant du ténor dans le « Domine Deus », le duo généreux de la soprano et de la contralto dans le « Qui tollis », la noblesse de la basse dans le « Quoniam », le chant pur et émouvant, comme un douloureux murmure, de la soprano dans le « Crucifixus », les bouleversants accents de la contralto dans l'« Agnus Dei », ne manquaient pas d'imposer un sentiment de grande admiration, étendue aux très bons choristes de haute discipline, parfaite musicalité et considérables qualités vocales (avec leur extraordinaire élan dans le « Cum sancto spiritu » et l'émotion inspirée dans le complexe « Credo » qui voit les solistes s'unir à lui). Un merci à la direction enlevée, inspirée et précise d'Eliane Lavail, dont la battue ample et généreuse, a permis de porter cette « Petite Messe » à un très haut niveau d’interprétation, comme il m'a rarement été donné d’en écouter. La partie pianistique, réduite pour un seul pianoforte, a été pleinement interprétée par l’excellente France Desneulin, tandis que, en l’absence absolue maintenant à Tunis d'un harmonium, Eva Cusmir a dû se contenter (en souffrant) d'un médiocre clavier électronique, à peine suffisant. Avec patience nous avons dû nous en contenter nous-mêmes, et cela n'a rien enlevé au plaisir intense et à l'émotion éprouvés et à la dette de reconnaissance que nous devons à tous les interprètes et aux organisateurs.
Corriere di Tunisi du 10 novembre 2009 / Daniel Passalacqua